mardi 12 juin 2007

Ils sont tombés sur la tête !

En lisant le sujet de philo choisi pour les sections technologiques, j'ai été légèrement agacée !

Avant de vous laisser découvrir par vous-mêmes de l'origine de mon agacement, je précise au lecteur non spécialiste que les élèves en terminale technologique n’ont que deux heures de philo par semaine et qu’il s’agit pour la plupart de jeunes rencontrant de réelles difficultés dans la maîtrise de la langue française et de l’abstraction.

Alors, à quand une vraie réforme de l’enseignement de la philosophie en classe technologique ? Une réforme qui permettrait de réconcilier les programmes avec ce que l’on peut raisonnablement attendre de nos élèves et qui permettrait de leur transmettre quelque chose qui ajoute à leur savoir-être !

Sujet 1 : Les échanges favorisent-ils la paix?
Sujet 2 : Les lois sont-elles l'oeuvre de la raison?
Sujet 3 :

La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive, sur un point particulier, de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement. Avant tout, il faut savoir poser des problèmes. Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit.

Bachelard, la formation de l'esprit scientifique

1.Dégagez la thèse du texte et les étapes de son argumentation.
2.Expliquez :
   a) "L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances"
   b) "ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique"
   c) "Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit"
3.L'opinion fait-elle obstacle à la science?

Et pendant ce temps, notre président....

http://www.youtube.com/watch?v=AfO7-PeRne0&NR=1

mercredi 06 juin 2007

Touche pas à ma collègue

Une collègue et amie découvre que l’un de ses élèves a réussi à pénétrer dans son compte mail : il a réussi à découvrir la réponse à sa question secrète, ce qui lui a immédiatement donné accès à son mot de passe. Il a vidé sa boite aux lettres et envoyé, à partir de son adresse, des lettres d’insultes, en particulier à un professeur masculin du lycée (genre « beau gosse »).

Face à l’inertie de tous (c’est la fin de l’année, donc tout le monde a l’air de s’en moquer), elle se rend au commissariat de son quartier pour déposer une plainte. Le but : découvrir qui est l’auteur du méfait et le sanctionner comme il se doit, non pas dans le but de se venger, mais bien de l’éduquer, si ce mot a encore un sens ! Refus par deux fois du commissariat d’enregistrer sa plainte, avec pour réponse : « ben dites-moi, vous êtes méchante avec vos élèves ? »

Cette remarque est symptomatique du monde à l’envers. Si l’un de vos élèves enfreint la loi, c’est forcément que vous l’avez provoqué et que le coupable, c’est vous ! Dans ce monde inversé, les dirigeants exigent que vous vouvoyez les élèves (ce que d’ailleurs vous faites déjà !), mais s’accommodent relativement bien que vos élèves transgressent vos droits. Au fond, une société dans son ensemble choisit de se concentrer sur des détails (« tu » ou « vous ») pour négliger l’essentiel (le respect de la loi).

dimanche 27 mai 2007

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Colloque : "le citoyen face aux abus de pouvoir"

Un colloque audacieux qui devrait permettre de mieux comprendre ce qu'il en est des "abus de pouvoir" dans la France de maintenant.

« Le citoyen face aux abus de pouvoir »

Colloque du 2 juin (9h-13h)

Co-organisé par F. AMELI, Maître de Conférences

à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne)

et l’association Anticor

Sorbonne, Amphithéâtre de Gestion, 17 rue de la Sorbonne 75005 PARIS

Politiques, ennemis du peuple ? « Tous pourris » ? On a raison de se méfier de ces caricatures. Mais en un temps où les candidats à la plus haute fonction de la chose publique évoquent la nécessité de restaurer la cohésion sociale, l’unité nationale ou le pacte de confiance entre citoyens et politiques, il est peut-être bien venu de s’interroger concrètement sur les mécanismes qui peuvent conduire certains représentants du peuple à bafouer les droits des citoyens, ou à se retourner contre eux. Abus de biens publics, abus de confiance, abus de pouvoir : quelques « affaires » récentes ont démontré que ces pathologies de la politique constituent une menace réelle pour la vie démocratique, non seulement par les torts directs qu’elles peuvent causer, mais plus largement par le climat de méfiance qu’elles contribuent à installer. Violence, malversation, corruption, lobbying, désinformation, manipulation des services de police, des magistrats, des médias et de l’opinion publique : au mépris du bien commun et de ses engagements, le politicien-voyou ne recule devant aucun moyen pour satisfaire une ambition personnelle, comme s’il ne devait jamais être amené à répondre de ses actes. Il n’hésitera pas, le moment venu, à enfreindre directement les droits d’un particulier ou d’une personne morale, en parant ses délits du prestige de sa fonction.

La perte du sens du bien commun et des libertés fondamentales se redouble en effet chez le politicien-voyou d’une forme de cécité morale qui semble proprement liée à l’exercice du pouvoir, à l’infatuation et au sentiment d’immunité qu’il suscite. Il faut s’interroger sur les raisons de ce phénomène. Est-ce le pouvoir lui-même qui conduit naturellement à l’abus, par l’effet de sa propre logique ? Est-on fondé à dire que le pouvoir corrompt, y compris les meilleurs ? Et dans ce cas, comment espérer encore accorder l’idéal de justice aux exigences de la vie politique ? Ou bien faut-il incriminer des personnalités-types, des « profils » de délinquants politiques ?  Quelle idée, d’ailleurs, l’élu du peuple se fait-il du pouvoir que nous lui octroyons ? Se voit-il comme un chef ou comme un mandataire ? Comme un entrepreneur ou comme un fonctionnaire ? Le scrupule, en politique, se limite-t-il au sentiment du « risque » encouru ?

« L’ambitieux prend les pouvoirs comme fin, et les adore en tous ses actes », disait le philosophe Alain. Mais si le pouvoir se délègue, la vigilance, elle, ne se délègue jamais. A la responsabilité des politiques répond donc le devoir du citoyen, qui est d’obéir à la loi tout en exerçant une surveillance et un contrôle continus des pouvoirs. Or quels sont, dans les faits, les mécanismes de contre-pouvoir, les leviers de contrôle qui permettent aux citoyens de résister contre les abus de pouvoirs en tout genre, et notamment de la part de ceux qui ont pour devoir de les représenter ou de les administrer ? Jusqu’à quel point le « quatrième pouvoir », celui des médias, peut-il être envisagé comme un recours, s’il est établi que les politiques y trouvent un relais direct de leur action ? Que peut-on attendre du « cinquième pouvoir », celui de la « blogosphère », ou encore de la constitution de « jurys de citoyens » chargés d’évaluer l’action publique ?

Telles sont quelques unes des questions qui seront abordées dans ces débats. Dans l’espoir que la vie politique ne se réduise pas à un simple rapport de force, et qu’elle ne soit donc pas complètement déconnectée des préoccupations éthiques.

Programme

Modérateur : Pierre Rancé (chroniqueur judiciaire Europe 1)

Introduction par Pierre Rancé

Conférence introductive : La notion d'abus de pouvoir, par le Professeur Frédéric Rolin, Paris X-Nanterre

      Premier Débat : constats et témoignages 

§         Christophe Grébert, bloggeur : L’affaire Monputeaux.com et la place du 5ème pouvoir

§         François Améli, Maître de Conférences – Université de Paris-I (Panthéon-Sorbonne), Avocat à la Cour : une affaire de diffamation

§         Jasna Stark, Avocat à la Cour : L’affaire de l’Infirmerie de la Préfecture de Police de Paris

Vidéo : témoignages de personnalités et micro trottoir (Y. Noah, F. Amara)

            

Débat avec la salle

      Second Débat : analyses et solutions

§         Christian Charrière-Bournazel, Bâtonnier désigné

§         

Alexandre Dorna

, Président de l’Association française de psychologie politique

§         P.A. Iweins, Président du Conseil National des Barreaux

§         

Corinne Lepage

, Ancien Ministre

§         Serge Portelli, Vice-Président TGI de Paris

Débat avec la salle

Synthèse et clôture : Frédéric Rolin

jeudi 10 mai 2007

La France de maintenant

Ca y est, la France d’après n’est plus une crainte, une réalité que l’on redoute tout en ayant la naïveté de croire que ses compatriotes n’en voudront pas. Non, c’est la France de maintenant. Une France qui a choisi pour la présider un homme qui nous prend tous pour des « cons » neuneus comme en témoignent depuis des mois ses contradictions incessantes (je vous passe le cinéma dont les media nous ont bercé pendant des mois autour de « Cécilia et moi ») jusqu’à son commentaire sur ses vacances à Malte : « ça n’a pas coûté un centime aux contribuables » ! « Encore heureux » m’aurait rétorqué ma mère si j’avais osé lui dire pareille ânerie. Car enfin, qui peut oser nous faire croire que Bolloré n’aurait agi que par amitié, une amitié pure et désintéressée, et que tôt ou tard, une telle marque de générosité n’en coûterait pas aux contribuables! Oui, celui qui pense que je vais gober cette énormité me prend vraiment pour une « conne » niaise et ceux qui lui accordent crédit me semble avoir perdu momentanément leur sens critique !

Voilà, c'est aussi ça le monde à l'envers : un monde dans lequel le "bon sens" cesse d'être la chose la mieux partagée.

mercredi 02 mai 2007

Le travail, c'est la liberté

C’est hier, jour de la fête du travail que Sarkozy a choisi pour montrer un premier clip de campagne consacré au thème du... travail ! Ce qu’il y a de bien avec Néo, c’est son côté imprévisible et audacieux. Car, vraiment, il en fallait de l’audace et du courage, pour oser afficher sur un clip de campagne, tout en gros, bien visible par tous, le slogan : « le travail, c’est la liberté ! ». Les lecteurs de monde à l’envers qui ont quelques notions d’allemand ou de vagues souvenirs de leurs cours d’histoire se souviendront sans doute qu’il s’agit là de l’inscription faite sur le fronton, non pas du temple de Delphes (là, c’est « connais-toi toi-même » !), mais sur le portail d’un célébrissime camp de rééducation par le travail ! Cher lecteur, bienvenue dans la France d’Après.

mardi 01 mai 2007

Présidentielles à la récré !

Vous l’aurez remarqué, ces derniers temps, mes pensées sont occupées par les présidentielles. Mais il est vrai que l’idée de voir Nicolas occuper le poste de président de la république française pendant les cinq prochaines années ne me réjouit guère. Même au lycée, les jeunes de terminale, qui votent pour la première fois, ne cessent de débattre de la question de savoir lequel des deux « est le moins pire » ou de celle, encore plus épineuse, du choix à faire quand on a voté Bayrou au 1er tour : voter blanc ou pour une femme qui, malgré ses attraits physiques indéniables, ne nous emballe pas ?

Parmi eux, il y a bien sûr quelques fans affichés de Sarko : certains, de manière assez symptômatique, le voient comme un Elu –genre Néo en moins beau–, le seul homme « fort » capable de sauver la France ; d’autres se disent attirés par la « valeur travail », ce qui est somme toute plutôt amusant quand on voit le peu d’ardeur qu’ils mettent à leur propre tâche.

Parmi les enseignants, les pro-Sarko font profil bas, officiellement il n’y en a pas ! Les anti-sarko sont déprimés et regardent d’un sale œil les gens du centre. Ces derniers sont en réalité les seuls à afficher une mine réjouie : ils adorent parler de leur éventuel abstention dimanche prochain, juste pour le plaisir de faire hurler le clan anti-sarko qui soutient fermement que s’abstenir, c’est choisir… l’Elu !

lundi 30 avril 2007

Zéro tape sur Sarko

Ce que je préfère, c'est l'anglais de Sarko !

samedi 28 avril 2007

le débat d'avant le Débat

UNe nouveauté dans la vie politique française...

BFM Tv : dialogue Ségolène Royal / François Bayrou - Part 1/2 - kewego
BFM Tv : dialogue Ségolène Royal / François Bayrou - Part 1/2 - kewego
BFM Tv : dialogue Ségolène Royal / François Bayrou - Part 2/2 - kewego
BFM Tv : dialogue Ségolène Royal / François Bayrou - Part 2/2 - kewego

dimanche 15 avril 2007

Sarko et la sciento

mardi 10 avril 2007

Derrière les discours, les actes

Je vous parlais il y a quelques jours d’évaluer les hommes politiques à l’aune de leurs actes, plutôt qu’à celle de leurs discours. Ce dossier, paru ici, retrace par le menu les agissements, en matière de communication, de certains proches de Sarkozy dans le 9-2. Un avant gout de la France d’après pour les indécis à quelques semaines du premier tour.

En ce qui me concerne, vous aurez sans doute compris qu’à défaut de savoir pour qui je vais voter, je suis au moins assurée de l’identité de celui pour qui je ne voterai pas !

Pour ceux qui préfèrent les livres, je vous recommande le dernier ouvrage de Frédéric Charpier, consacré au système Sarkozy. Plusieurs chapitres sont consacrés à des affaires que je connais de près, pour en avoir été la victime indirecte, et je peux ainsi vous assurer que ce qui en est dit n’est que vérité, aussi inquiétant cela puisse-t-il paraître.

mardi 03 avril 2007

Le discours des politiques

Dans le monde à l’endroit, il est d’usage de juger un homme davantage sur ses actes que sur ses discours. La raison en est simple : à l’être humain plus soucieux de paraître que d’être, le discours permet à moindre frais de paraître ce qu’il n’est pas, mais qu’il aimerait que les autres pensent qu’il est. Même s’il n’est pas exclu que nos actes soient trompeurs, notamment lorsqu’ils visent à séduire, l’étant au pris de nos efforts, ils le sont plus péniblement, et de ce fait moins souvent que nos discours !

Mais dans le monde à l’envers, l’homme n’a que faire de la raison. Et c’est ainsi qu’au lieu de juger ses pairs et ses élus sur leurs actes, il s’en remet à l’analyse de leurs discours, tout en reconnaissant paradoxalement que l’homme, et plus encore l’homme politique, est un menteur. Mais « sur quoi d’autres les juger ? » me disait dernièrement une amie. Et bien…pourquoi pas sur leurs actes ? Mais il est vrai qu’un tel jugement requiert que l’on renonce à « la seule écoute vautrée dans un canapé », en gros que l’on fasse des efforts, et que notre paresse naturelle, elle, est rétive à l’effort !

Le rap présidentiel

Un poème de Marion, reçu ce matin sur mondenverlan@yahoo.fr

A tous les candidats à la présidentielle

La cité, la banlieue, tout ce qui nous est  cher,

Vous voulez le détruire, le passer au karcher,

On nous traite de voyou, de bandit, de racaille,

Nous allons nous défendre et gagner la bataille.

Nous avons tant à dire, mais on veut nous faire taire,

Elevons notre voix, bien haut, bien fort, bien clair.

Nous connaissons les mots, nous ne sommes pas inculte,

Nous traiter d’ignorants est pour nous une insulte.

Votre philosophie est bien loin de la nôtre,

Demandez-vous pourquoi, messieurs les bons apôtres !

Nous sommes nés pour apprendre, où sont passés nos maîtres ?

Nous qui voulons des « ouis », on nous donne des « peut-être ».

Nous sommes l’arc en ciel, ce panel de couleurs,

Qui scintille dans la rue, les Blacks, les jaunes, les beurs.

Ne nous ignorez pas messieurs les politiques,

Car nous savons très bien comment on fait la nique

A ceux qui nous ignorent, à ceux qui nous délaissent,

A ceux, qui simplement, veulent nous garder en laisse.

Nous sommes neufs, vivants, fiers et tellement avides

De faire et de savoir, on nous donne du vide.

Mi guerrier, mi colombe, notre cœur est d’airain,

Mais il peut s’attendrir quand on nous tend la main.

L’occasion est si belle, messieurs les « rois » de France,

Nous sommes vos enfants, donnez-nous notre chance.

dimanche 11 mars 2007

Mobilisation enseignante !

Mobilisation dans mon lycée contre le décret qui vient d’être adopté le 13 février.

Ce décret prévoit, entre autres choses, l’augmentation, non rémunérée, du temps de travail d’un grand nombre d’enseignants. Cette mesure équivaut à une baisse de salaire de 150 euros par mois pour un professeur certifié qui choisirait de garder le même temps de travail !

En d’autres termes, l’Etat a décidé de manière unilatérale de diminuer le salaire d’un grand nombre d’enseignants, en prétextant qu’en 2007, enseigner en classe de première ou de terminale ne constitue plus une charge de travail supplémentaire. On se demande bien ce qui a changé depuis 1950 !

En conséquence de quoi, les enseignants ont décidé, un peu partout en France, d’assurer un service minimum, reflet du salaire minimum que l’Etat entend leur accorder.

Dans le lycée où je travaille, cela se traduit par les mesures suivantes :

ü      Suppression du Bac Blanc, des contrôles communs de Seconde, des devoirs à la maison notés

ü      Annulation des sorties scolaires, voyages, rencontres avec les anciens élèves organisés bénévolement par les enseignants !

ü      Diminution du nombre de devoirs sur table, de réunions de coordination

ü      Réduction au minimum des appréciations sur les bulletins

Il est certain que toutes ces mesures ne sont pas dans l’intérêt des élèves, et personnellement je le déplore. Cependant, comment les enseignants peuvent-ils manifester leur mécontentement vis-à-vis d’un décret qui dénie leur travail autrement qu’en décidant d’assurer un service minimum, celui pour lequel précisément ils sont rémunérés ?

Si vous avez de meilleures idées, je suis preneuse J

jeudi 22 février 2007

La liberté d'expression des enseignants : de quoi a-t-on peur ?

Un prof fait l'objet d'une procédure disciplinaire pour le contenu de son blog anonyme, devoir de réserve oblige ! Je  m'interroge : de quoi a-t-on peur pour vouloir réduire ainsi les enseignants au silence ? Ne serait-il pas bon que la société voit de plus près ce qui se passe dans les salles de classe, qu'elle juge par elle-même des situations souvent cocasses auxquelles les enseignants sont confrontés et pour lesquelles ils ne reçoivent pas toujours le soutien attendu de leur administration, comme ce jour où l'un des CPE de mon établissement m'a trouvée injuste de qualifier de "menaces" le "faites bien attention à vous" que m'avait adressé l'un de mes élèves !

Pourtant, une vision plus juste de ce qui se passe dans les écoles permettrait de saisir l'étendue du manque éducatif dont souffrent beaucoup d'enfants et d'adolescents. De là en viendrait-on peut-être à en rechercher les causes, et qui sait, à en trouver des remèdes ? Mais il est vrai qu'aussi longtemps que la priorité est de surtout ne pas faire de vagues, de laisser croire que tout va bien et que si mal il y a il vient essentiellement de la paresse d'enseignants incompétents, on fermera des blogs.

Pour finir, un extrait du blog du Prof :

Une dictée

13/02/2007 par Le Prof

Une collègue a reçu une lettre (anonyme, évidemment) dont le contenu était, en gros : “Mme Truc, cette grosse pute”. Le principal adjoint a eu une excellente idée. Il est venu voir la classe, pendant le cours de Mme Truc, et a fait la dictée à la classe.

“Prenez une feuille, dictée! Tout le monde est prêt, c’est parti : Mme Truc virgule je répète Mme Truc virgule cette grosse pute cette grosse pute point final.” (je brode, je n’étais pas là).

La collègue a eu l’impression de se faire insulter 24 fois en plus de la fois précédente, et a fait savoir au principal adjoint qu’elle ne voulait plus jamais le voir. On ne peut pas dire qu’il ait eu une grande idée sur ce coup là. Il aurait pu faire écrire, par exemple : on ampute Mme Truc qui est trop grosse. Quoi que. Pas très élégant non plus. Bref…

Et le coupable n’a pas été trouvé.

vendredi 16 février 2007

IL FAUT REVOIR LE TEMPS DE TRAVAIL DES ENSEIGNANTS !

LE DECRET DE 1950 EST TROP VIEUX...

Un texte de Laurent TARILLON, enseignant de sciences économiques et sociales à Grenoble.
Actuellement, le temps de travail d'un enseignant de collège ou de lycée est de 18 heures par semaine. C'est, pour les professeurs certifiés, le seul élément fixe et clair relatif au temps de travail qui leur est demandé. Il a été fixé par une décret datant de 1950. Rendez-vous compte ! Ce qui détermine ce qu'un enseignant doit à la nation date de 56 ans. Il est vraiment temps de se pencher sur un problème aussi lourd de conséquences.18 heures par semaines ! Quel salarié ne voudrait pas travailler aussi peu pour d'aussi bons salaires ? Comment le législateur a-t-il pu créer en 1950 un statut aussi avantageux ?
Il faut peut-être y regarder de plus près. En fait, ce temps a été conçu en prévoyant qu'un enseignant travaille 1,5 heures chez lui pour une heure devant élève afin de préparer ses cours, évaluer les élèves et actualiser ses connaissances dans sa discipline. Cela fait 18 fois 2,5 heures (1devant les élèves et 1,5 à la maison), soit 45 heures hebdomadaires. En effet, le temps de travail légal de l'époque s'il était légalement de 40 heures par semaine, était en réalité de environ 42 h par semaine, sur 50 semaines. Mais que s'est-il passé depuis pour les enseignants? Rien ! Alors que pour les autres salariés il y a eu la troisième semaine de congé payé en 1956, puis quatre en 1969. Les 40 heures réelles ont été atteint au début des années 70 (elles étaient un droit depuis 1936). Mais ça n'est pas fini: il y a eu les 39 heures et la cinquième semaine en 1982, puis les 35 heures en 2000. En somme le temps de travail hebdomadaire pour les salariés a baissé de 25 %. Mais les enseignants doivent toujours  le même service.
C'est au moins un enseignant qui écrit cela vous dîtes-vous, en lecteur éclairé! Certes je l'avoue, je fais partie de ces privilégiés. Car, comment peut-on parler de temps de travail sans parler des vacances ? Eh bien justement, le législateur a tout prévu et cela de deux façons. D'abord 45 heures dues quand les autres devaient 42, ça c'est pour les petites vacances (Toussaint, Noël...). Car les vacances c'est pour que les élèves se reposent. Donc notre temps de travail était annualisé. Mais, et les deux mois d'été alors? Là, c'est un tout petit peu plus compliqué. Certains enseignants ne le savent même pas, d'ailleurs. Cela se situe au niveau de la grille des salaires. Notre grille a été, elle aussi, fixée en 1950 au même niveau que les autres cadres de la fonction publique recrutés avec un concours au niveau bac + 3. Mais à cette grille, il nous a été retiré deux mois de salaires, puis le résultat a été divisé par 12. (Par exemple si un inspecteur des impôts est payé 2000 € par mois il recevra 24 000 € par an, alors que pour la même qualification, un enseignant recevra aussi 2000 €  par mois mais sur 10 mois, soit 20 000 € par an. Cette somme est ensuite divisée par 12 et donne 1667 € par mois). Eh oui, chers lecteurs, les enseignants ne sont pas payés pendant les grandes vacances. Oui bon d'accord, peut-être que nous ne sommes pas si privilégiés que cela concernant le temps de travail. Mais côté salaires, quand même, nous ne sommes pas à plaindre! Eh bien soit, comparons: Nous sommes nettement en dessous de la moyenne des cadres du privé comme du public (qu'on nous prouve le contraire). Mais, à mes yeux, l'exemple le plus frappant de la dégradation de la valeur que la nation accorde à ceux qui éduquent ses enfants est le suivant. Le salaire de départ d'un enseignant en 1970 était 2 fois supérieur au SMIC. Aujourd'hui, il n'est plus que 1,2 fois plus élevé. Autrement dit si comme le PS l'a écrit dans son projet le SMIC augmentera de 25 % au cours des cinq ans à venir (et l'UMP l'a augmenté au même rythme annuel dès cette année), un enseignant débutant gagnera moins que le SMIC. Faudra-t-il en arriver là pour que la société se rende compte de la dégradation de notre situation ? Alors oui le décret de 1950 est vieux ! Il est vraiment temps de le  toiletter comme le disent nos gouvernants! Mais dans quel sens ? Est-ce en faisant en sorte que devions travailler plus pour gagner autant comme veut le faire M. de Robien ? »

Juste pour info, la modification de ce décret prévoit entre autres la suppression d'une heure de décharge pour les enseignants des classes de 1ere et terminale. Dans les faits, cela revient à diminuer le salaire des enseignants d'environ 100 euros par mois.

mercredi 14 février 2007

Quand l’argent tombe…des caisses !

Un témoignage de Elodie, étudiante en LEA.

Et vous qu’auriez-vous fait à sa place ? Pensez-vous qu’elle aurait du se comporter autrement ?

Vendredi, j’étais au Virgin des Champs Elysées, j’ai voulu m’acheter un dvd, et au moment de payer, le caissier s’apprêtait à fermer sa caisse. En me voyant, il s’est arrêté en me disant que puisqu’il était gentil, il allait me rendre service et il m’a fait payer mon dvd. Je suis restée encore quelques minutes dans le magasin, il y avait beaucoup de monde, car les gens attendaient la venue d’acteurs pour la sortie d’un film. Vendredi soir, j’ai donc continué à me promener tranquillement sans me douter de rien.

Ce n’est que samedi, en ouvrant le sac de chez Virgin, que j’ai découvert que le caissier avait mis le montant de sa caisse dans mon sac ! 800 Euros en liquide dans une enveloppe transparente ! J’étais assez surprise de trouver autant d’argent dans mon sac…J’en ai longuement discuté avec mes parents ce week-end, j’ai tout de suite pensé à ramener cet argent au magasin, même s’il aurait été tentant de le garder. Je n’arrêtais pas de penser à ce jeune homme sûrement étudiant, les démêlés qu’il avait pu avoir avec sa direction avec la suspicion de vol qui plane sur le personnel des caisses.

Finalement mon père a appelé Virgin, lundi dans la journée, pour expliquer notre cas. Nous sommes allés rendre l’argent dans l’après midi, où effectivement, il était déjà prévu pour le jeune homme - réputé pour être quelqu’un de gentil mais de très étourdi - d’être convoqué par sa direction. Les deux responsables à qui nous avons eu à faire semblaient surprises par mon attitude, l’une d’elle m’a même confié qu’elle ne savait pas si à ma place elle aurait ramené l’argent ! En contrepartie, elles m’ont offert un bon d’achat d’une valeur de 100 euros.

J’ai beaucoup interrogé mon entourage pour savoir quelle était la conduite à adopter, beaucoup m’ont répondu qu’ils auraient gardé l’argent. Je pense qu’ils m’ont répondu ça, parce que ça ne leur était pas arrivé ; s’ils avaient vu le caissier et tenu cet argent dans leurs mains, ils l’auraient rendu.

dimanche 11 février 2007

Anticor : du rêve à la réalité

Corrup1001_miniature 

C’est avec plaisir que j’ai découvert il y a quelques jours l’existence de l’association Anticorruption (anticor) à l’occasion du lancement de sa campagne nationale en faveur d’une révolution éthique en politique. Le premier meeting a eu lieu à Asnières-sur-Seine, ville dont la blogosphère – mais également la presse – témoigne de l’ambiance politique délétère.

Parmi les idées concrètes prônées par cette association figurent l'inéligibilité définitive des élus condamnés pour délits financiers (ma préférée !), le non-cumul des mandats et des fonctions, une formation obligatoire des élus aux bonnes pratiques de gestion, la réglementation stricte du lobbying, la suspension de marchés publics à une entreprise condamnée pour avoir versé des pots de vin.

Longue vie à cette association...un signe de la survivance, dans nos contrées, d'une exigence démocratique ne sacrifiant pas au clientélisme montant !

vendredi 05 janvier 2007

Bonne année

Petit cadeau pour la nouvelle année :

l’Etat décide d’augmenter le temps de travail (sans augmentation de salaire) des enseignants en classe de première. Parions que d’ici quelques temps (allez…disons un an ou deux !), ce sera celui des enseignants en classe de terminale. Pour info, une prof de lycée, avec 15 ans d’ancienneté et sans heure sup, gagne environ 2000 euros nets par mois.

Bonne année à tous, une année pleine d'amour et d'eau fraîche !

samedi 30 décembre 2006

Le bonheur et l'argent

Etre heureux dépend-il de ce que nous sommes ou de ce que nous avons ? Ou, pour dire les choses autrement, faut-il pour être heureux travailler à se rendre meilleur ou riche ?

En étudiant avec mes élèves un extrait de la Lettre à Ménécée, dans lequel Epicure explique que la vie heureuse ne s’obtient pas par la satisfaction de désirs illimités, comme par exemple celui de la richesse, il est ressorti que l’argent, dans l’esprit de beaucoup d’entre eux, est la principale chose dont ils attendent leur bonheur ! Jusque là me direz-vous, rien d’anormal, j’ai même été plutôt rassurée de les voir remettre en cause l’un des plus anciens poncifs de la philosophie. En revanche, leur refus catégorique d’envisager ne serait-ce que l’hypothèse que l’argent puisse ne pas suffire pour être heureux, en somme que l’on puisse être riche ET malheureux, m’a pour le moins étonnée. Ainsi, alors même que la vie nous apporte continuellement la preuve qu’il est possible d’être un riche malheureux et même un pauvre heureux, au point que le dire est devenu une banalité que l’on n’ose plus proférer sans sourire, il m’a fallu argumenter de longues minutes pour établir une évidence. Argumentation vaine car à peine ai-je eu fait silence que l’un d’entre eux a déclaré : « ouais, je vous crois pas ! Si vous avez de l’argent, vous êtes heureux ! »

jeudi 28 décembre 2006

L'éthique des petits actes

Img_ethiquepetitactes A quoi sert d’écrire ? Cette expérience menée par des psychologues américains de l’université du Texas suggère que l’écriture, lorsqu’elle a pour objet d’exprimer son vécu émotionnel, améliore de manière significative nos relations à autrui, à commencer par celles que nous entretenons avec notre chère moitié. Nul n’est besoin d’exprimer à l’autre ses émotions (ce qui peut parfois s’avérer pesant) : le simple fait d’écrire, ne serait-ce que pour soi, à propos de sa relation amoureuse suffit à influencer positivement la relation. En voilà une bonne nouvelle !

L’article ne parle pas des mécanismes psychologiques sous-jacents à ce phénomène, mais on devine que le simple fait d’écrire à propos de ses émotions conduit à ne plus les subir passivement, à mieux les comprendre, et par conséquent à modifier positivement ses comportements, à commencer par la manière dont on parle à l’autre. La vie d’un couple se fait ou se défait sur de petites choses, de petites paroles ou de petits actes, inscrits dans le tourbillon de notre quotidien. Ici, il n’est question que de revenir à soi, ne serait-ce que quelques minutes par jour, pour écrire à propos de « nous ». Donc, un petit acte aux grands effets, pour ceux qui seraient convaincus que soigner la qualité de son couple vaut qu’on y sacrifie quelques pages.

jeudi 23 novembre 2006

Etre bien habillé ou pas

Ce matin, à propos d’un texte d’Epictète (« ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils ont sur les choses… »), nous en sommes venus, ne me demandez pas par quel chemin, à la question suivante : qu’est-ce qui conduit les hommes à des comportements contraires au respect ?

Elève : C’est leur manque de connaissances.

Moi : Que voulez-vous dire exactement ?

Elève : Par exemple, l’autre jour, j’étais dans la rue, j’étais mal habillé, car j’allais à un entretien d’embauche. Y a des jeunes qui se sont moqués de moi. C’est parce qu’ils avaient pas compris que j’allais à un entretien d’embauche.

Moi (projetée sur une autre orbite) : Ah bon, vous étiez mal habillé pour aller à un entretien ?!!!!

Elève : ben oui, j’étais comme pour un entretien, j’avais pas mon jean déchiré.

lundi 20 novembre 2006

Vous avez dit Ségo ?

9782296013735 Avez-vous remarqué la tendance générale qu’il y a à désigner les femmes illustres par leur prénom ? Ségolène n’est pas la seule à y avoir droit. Il y aussi Hannah, Clara, Camille, Eléonore et bien d’autres, comme en témoigne cet ouvrage remarquable consacré à quelques figures de femmes. D’où vient que l’on parle plus facilement de Arendt en disant Hannah que de Sartre en disant Jean-Paul ? Qu’y a-t-il donc dans la féminité qui nous conduit naturellement à user du prénom là où les hommes ont droit au patronyme ? Cet usage révèle à n’en point douter une certaine image de la femme. La femme évoque la douceur, l’intimité, l’enfance également…des univers où le prénom est roi et le nom perçu comme froid et distant. Il n’est qu’à voir l’horreur qu’en ont les lycéens ! C’est pour eux un outrage d’être appelé par leur nom, alors même qu’on aura pris soin de le faire précéder d’un Monsieur ou Mademoiselle. Au lycée, j’use du nom comme d’une remontrance. Lorsque je dis Monsieur X ou Mademoisselle Y, tout est dit : je ne suis pas contente, vous m’avez déçu, et vous voilà éjecté hors du cercle des intimes…un usage plutôt étrange à la réflexion, qui montre en tous les cas combien avec les femmes, la dimension affective investit le champ éducatif et au-delà l’ensemble du champ social.

lundi 13 novembre 2006

Quand les blogs font de la politique

Dans l’univers des blogs, à quelques mois des présidentielles, il est de plus en plus question de politique. Dans tout ce brouhaha, je dois reconnaître que ma préférence va pour les vidéos.

Il y a les courtes et les tronquées, comme celle de Ségolène, et il y a les plus, voire les très longues, comme celle-ci, réalisée par Politic show : une interview approfondie de François (et oui, vous l’aurez sans doute déjà remarqué, mais les hommes publics n’ont généralement pas le droit au prénom), preuve s’il en faut que les blogs ont quelque chose à apporter au débat politique, surtout si vous avez du temps devant vous.

Alors, juste pour un aperçu, cliquez ci-dessous pour la 1ere partie (sur 13) de cet entretien...

vendredi 10 novembre 2006

la logique éducnat : pourquoi les profs se feraient-ils payer pour assurer des soutiens qu'ils pourraient faire gratuitement ?

Là, je suis pas certaine d'avoir bien compris la logique de Ségo.

Si ce n'est reprocher aux enseignants de faire ce que toute personne ou presque est aujourd'hui contrainte de faire : travailler pour... gagner sa vie ! A moins bien sûr qu'on ne veuille désormais que des profs bénévoles et/ou rentiers :)

Merci à Patricia...qui ne veut apparemment pas que je vote Ségo !

lundi 06 novembre 2006

La violence à l'école

Août 2006, Le point publie un classement des lycées les plus violents de France. Une démarche qui m’a dérangée par l’effet de stigmatisation qui en résulte mais aussi par la crainte de voir tous nos proviseurs, soucieux que leur établissement ne soit montré du doigt, nier les violences quand elles ont lieu et soutenir, comme ça s’est déjà fait, que se faire traiter de « bouffonne », ce n’est tout de même pas grand-chose !

Octobre 2006, Paul Villach, dans un article publié sur Agoravox (De l’art d’avouer les violences en les niant), nous livre une analyse très intéressante des réactions indignées des milieux éducatifs face à ce classement et des stratégies de défense qu’elles recèlent. Il rappelle très justement que pour l'enseignant, admettre la violence qui lui est faite, c'est prendre le risque d'être qualifié d'incompétent...et de faible.

samedi 28 octobre 2006

Un monde à l'imitation du Loft !

Etonnée de voir mes neveux ponctuer leurs texto, emails et coups de fils de « je t’aime » et autres marques d’affection incongrues, un peu gênée d’entendre ma nièce de 15 ans déplorer haut et fort l’absence de « beaux gosses » dans son lycée ou certains de mes élèves s’extasier de ce que M. O, leur professeur de mathématiques (un quadragénaire chez lequel je n’avais rien perçu de sexy !), a de jolies fesses, je me suis demandée d’où leur venait cette forme d’impudeur à exprimer leurs émotions aussi bruyamment !

Je me suis alors rappelée de ce que disait Oscar Wilde. A savoir, que ce n’est pas l’art qui imite la nature, mais la manière dont nous percevons la nature qui imite la manière dont l’art nous la présente. Chacun serait ainsi condamné à ne voir dans la nature que ce que la représentation artistique de son temps lui a appris à y voir. Mais cette imitation, de toute évidence, ne s’arrête pas là. Le comportement humain lui-même ainsi que la manière dont nous exprimons et vivons intérieurement nos émotions est à l’imitation des modèles proposés par l’art et de manière plus générale par les représentations collectives d’une société. Ainsi, m’était-il donné à contempler « dans la réalité » l’imitation de ce que la téléréalité nous donne à voir des relations humaines : des sentiments superficiels, creux, exprimés de manière ostentatoire et exagérée, et ce d’autant plus qu’ils correspondent à une déficience affective réelle. L’art n’est donc plus seulement le modèle, il vient combler ce qui manque au réel pour être à la hauteur de nos espérances.

" Qu’est-ce donc que la Nature ? Elle n’est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C’est dans notre cerveau qu’elle s’éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l’existence. A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu’il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J’ose même dire qu’il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d’eux. Ils n'existèrent qu’au jour où l’art les inventa. Maintenant, il faut l’avouer, nous en avons à l’excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d’une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode donne la bronchite aux gens stupides. Là où l’homme cultivé saisit un effet, l’homme d’esprit inculte attrape un rhume.

Soyons donc humains et prions l’Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l’a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l’on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mou­vantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d’admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubi­gny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchan­teurs. En vérité, il y a des moments, rares il est vrai, mais qu’on peut cepen­dant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s’y fier toujours. Le fait est qu’elle se trouve dans une malheureuse position. L’Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l’imitation peut devenir la forme la plus sincère de l’inculte, se met à répéter cet effet jusqu’à ce que nous en devenions absolument las. Il n’est personne, aujourd’hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d’un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l’art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme."

O. Wilde Intentions, le Déclin du mensonge.

lundi 23 octobre 2006

Citoyen ou chefs d'entreprise, suite...

Il y a quelques mois, ayant eu vent des mésaventures de deux, à présent ex, chefs d'entreprise, aux prises avec un député-maire de toute évidence peu scrupuleux (voir le dossier complet que lui consacre l'express), je m'interrogeai ici sur le droit effectif d'un chef d'entreprise de participer à la vie associative de son quartier.

Je me réjouis de voir cette question reprise dans un article de la tribune (Téléchargement TRIBUNE_3504_33_54.pdf) , consacré entièrement à cette affaire.

Bonne lecture à tous.

Si vous avez le temps, allez consulter les blogs de nos deux (un et deux) ex-chefs d'entreprise. Ils en disent long sur les vertus de certains de nos hommes politiques.

vendredi 13 octobre 2006

Faire un enfant ou pas ? ou la métaphysique de la procréation

Après plusieurs semaines d’absence sur ce blog, je découvre à l’instant cet email de Claire : une question qu'elle est sans doute la seule, avec son compagnon, à pouvoir résoudre, mais qui a le mérite de souligner que « faire un enfant », dans un monde où on a le pouvoir de choisir le moment, ne va plus de soi...

Claire est une de mes anciennes élèves. Pour tout vous dire, elle est ma fierté d’enseignante. Je me souviens du proviseur se plaignant de cette jeune fille trop sûre d’elle pendant que j’admirais secrètement sa force de caractère et la sincérité de son questionnement métaphysique... lesquels, de toute évidence, n’ont pas faibli avec le temps.

Je vois que depuis un mois on a droit à la même tête à grandes oreilles pour incarner le monde à l'envers... pensez-vous abandonner le blog ? Ce serait dommage.

En ce moment je prépare l'agrégation d'espagnol et je suis entourée de quelques amies avec qui l'on parle souvent d'enfants. De mon côté, depuis que je suis allée en Argentine j'ai une très forte envie d'enfant.

Quand j'en parle à mon amoureux il me demande souvent pourquoi je veux un enfant, quelle est la raison raisonnable pour en avoir en ce moment, c'est-à-dire "avec tous ces cons partout" comme il dit. Et finalement n'est-ce pas plus pour moi que pour cet enfant que je vais le faire ? Alors du coup j'y pense souvent et c'est vrai que je ne sais s'il y a une raison d'avoir des enfants. Il y a une très forte envie, quelque chose qui se passe dans ma tête et peut-être mon corps, mais pourquoi est-ce qu'engendrer un être a une justification ?

Je vois un sens réel à éduquer un enfant mais c'est dans l'acte de le concevoir, faire venir au monde quelqu'un que je me pose des questions.

En fait, une fois qu'il est là c'est évident que le mieux est de l'éduquer.

Mais avant, pourquoi le faire venir plutôt que l'inverse ?

Est-ce un questionnement digne de remplacer la tête du monsieur aux grandes oreilles ?