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samedi 28 octobre 2006

Un monde à l'imitation du Loft !

Etonnée de voir mes neveux ponctuer leurs texto, emails et coups de fils de « je t’aime » et autres marques d’affection incongrues, un peu gênée d’entendre ma nièce de 15 ans déplorer haut et fort l’absence de « beaux gosses » dans son lycée ou certains de mes élèves s’extasier de ce que M. O, leur professeur de mathématiques (un quadragénaire chez lequel je n’avais rien perçu de sexy !), a de jolies fesses, je me suis demandée d’où leur venait cette forme d’impudeur à exprimer leurs émotions aussi bruyamment !

Je me suis alors rappelée de ce que disait Oscar Wilde. A savoir, que ce n’est pas l’art qui imite la nature, mais la manière dont nous percevons la nature qui imite la manière dont l’art nous la présente. Chacun serait ainsi condamné à ne voir dans la nature que ce que la représentation artistique de son temps lui a appris à y voir. Mais cette imitation, de toute évidence, ne s’arrête pas là. Le comportement humain lui-même ainsi que la manière dont nous exprimons et vivons intérieurement nos émotions est à l’imitation des modèles proposés par l’art et de manière plus générale par les représentations collectives d’une société. Ainsi, m’était-il donné à contempler « dans la réalité » l’imitation de ce que la téléréalité nous donne à voir des relations humaines : des sentiments superficiels, creux, exprimés de manière ostentatoire et exagérée, et ce d’autant plus qu’ils correspondent à une déficience affective réelle. L’art n’est donc plus seulement le modèle, il vient combler ce qui manque au réel pour être à la hauteur de nos espérances.

" Qu’est-ce donc que la Nature ? Elle n’est pas la Mère qui nous enfanta. Elle est notre création. C’est dans notre cerveau qu’elle s’éveille à la vie. Les choses sont parce que nous les voyons, et ce que nous voyons, et comment nous le voyons, dépend des arts qui nous ont influencés. Regarder une chose et la voir sont deux actes très différents. On ne voit quelque chose que si l’on en voit la beauté. Alors, et alors seulement, elle vient à l’existence. A présent, les gens voient des brouillards, non parce qu’il y en a, mais parce que des poètes et des peintres leur ont enseigné la mystérieuse beauté de ces effets. Des brouillards ont pu exister pendant des siècles à Londres. J’ose même dire qu’il y en eut. Mais personne ne les a vus et, ainsi, nous ne savons rien d’eux. Ils n'existèrent qu’au jour où l’art les inventa. Maintenant, il faut l’avouer, nous en avons à l’excès. Ils sont devenus le pur maniérisme d’une clique, et le réalisme exagéré de leur méthode donne la bronchite aux gens stupides. Là où l’homme cultivé saisit un effet, l’homme d’esprit inculte attrape un rhume.

Soyons donc humains et prions l’Art de tourner ailleurs ses admirables yeux. Il l’a déjà fait, du reste. Cette blanche et frissonnante lumière que l’on voit maintenant en France, avec ses étranges granulations mauves et ses mou­vantes ombres violettes, est sa dernière fantaisie et la Nature, en somme, la produit d’admirable façon. Là où elle nous donnait des Corot ou des Daubi­gny, elle nous donne maintenant des Monet exquis et des Pissarro enchan­teurs. En vérité, il y a des moments, rares il est vrai, mais qu’on peut cepen­dant observer de temps à autre, où la Nature devient absolument moderne. Il ne faut pas évidemment s’y fier toujours. Le fait est qu’elle se trouve dans une malheureuse position. L’Art crée un effet incomparable et unique et puis il passe à autre chose. La Nature, elle, oubliant que l’imitation peut devenir la forme la plus sincère de l’inculte, se met à répéter cet effet jusqu’à ce que nous en devenions absolument las. Il n’est personne, aujourd’hui, de vraiment cultivé, pour parler de la beauté d’un coucher de soleil. Les couchers de soleil sont tout à fait passés de mode. Ils appartiennent au temps où Turner était le dernier mot de l’art. Les admirer est un signe marquant de provincialisme."

O. Wilde Intentions, le Déclin du mensonge.

lundi 23 octobre 2006

Citoyen ou chefs d'entreprise, suite...

Il y a quelques mois, ayant eu vent des mésaventures de deux, à présent ex, chefs d'entreprise, aux prises avec un député-maire de toute évidence peu scrupuleux (voir le dossier complet que lui consacre l'express), je m'interrogeai ici sur le droit effectif d'un chef d'entreprise de participer à la vie associative de son quartier.

Je me réjouis de voir cette question reprise dans un article de la tribune (Téléchargement TRIBUNE_3504_33_54.pdf) , consacré entièrement à cette affaire.

Bonne lecture à tous.

Si vous avez le temps, allez consulter les blogs de nos deux (un et deux) ex-chefs d'entreprise. Ils en disent long sur les vertus de certains de nos hommes politiques.

vendredi 13 octobre 2006

Faire un enfant ou pas ? ou la métaphysique de la procréation

Après plusieurs semaines d’absence sur ce blog, je découvre à l’instant cet email de Claire : une question qu'elle est sans doute la seule, avec son compagnon, à pouvoir résoudre, mais qui a le mérite de souligner que « faire un enfant », dans un monde où on a le pouvoir de choisir le moment, ne va plus de soi...

Claire est une de mes anciennes élèves. Pour tout vous dire, elle est ma fierté d’enseignante. Je me souviens du proviseur se plaignant de cette jeune fille trop sûre d’elle pendant que j’admirais secrètement sa force de caractère et la sincérité de son questionnement métaphysique... lesquels, de toute évidence, n’ont pas faibli avec le temps.

Je vois que depuis un mois on a droit à la même tête à grandes oreilles pour incarner le monde à l'envers... pensez-vous abandonner le blog ? Ce serait dommage.

En ce moment je prépare l'agrégation d'espagnol et je suis entourée de quelques amies avec qui l'on parle souvent d'enfants. De mon côté, depuis que je suis allée en Argentine j'ai une très forte envie d'enfant.

Quand j'en parle à mon amoureux il me demande souvent pourquoi je veux un enfant, quelle est la raison raisonnable pour en avoir en ce moment, c'est-à-dire "avec tous ces cons partout" comme il dit. Et finalement n'est-ce pas plus pour moi que pour cet enfant que je vais le faire ? Alors du coup j'y pense souvent et c'est vrai que je ne sais s'il y a une raison d'avoir des enfants. Il y a une très forte envie, quelque chose qui se passe dans ma tête et peut-être mon corps, mais pourquoi est-ce qu'engendrer un être a une justification ?

Je vois un sens réel à éduquer un enfant mais c'est dans l'acte de le concevoir, faire venir au monde quelqu'un que je me pose des questions.

En fait, une fois qu'il est là c'est évident que le mieux est de l'éduquer.

Mais avant, pourquoi le faire venir plutôt que l'inverse ?

Est-ce un questionnement digne de remplacer la tête du monsieur aux grandes oreilles ?